La douane en mode storytelling

09/02/2026

Décidément on a la vague impression que la douane est au cœur d’un vaste plan de com’ du Gouvernement.

Après la très éphémère opération « coup de poing » – et surtout médiatique – de contrôle des produits importés d’une grande plateforme chinoise fin 2025, voici que nous est annoncé à grands coups de trompette un « plan Douane massif ». Les narcotrafiquants n’ont qu’à bien se tenir, ce ne sont ni plus ni moins que les cavaliers de l’Apocalypse douanière qui vont s’abattre sur eux ; ils doivent en trembler de terreur dans leurs champs d’opium et leurs laboratoires.

« Muscler la lutte » contre les narcotrafics, telle est l’incantation présidentielle. « Avec des moyens à la hauteur ». C’est dit. Mais lesquels ? Sans grande surprise, les grands absents de la farandole douanière musclée, ce sont les douaniers eux-mêmes. À se demander même s’ils ont été consultés.

Le projet de loi de Finances 2026, celui-là même qui peine à sortir de l’hémicycle, ne prévoyait pas une augmentation massive de nos troupes pour ce grand affrontement ; bien au contraire. Faute d’athlètes en nombre suffisant, en fait de muscles, on risque bien de se la jouer petit bras.

Dans la rubrique des effets d’annonce, au beau milieu de ce mois de janvier, voilà que le ministre de la Fonction Publique, sortant de sa léthargie, a semblé brutalement prendre conscience que ses fonctionnaires sont sous-payés. Quelle épiphanie ! Il est question d’engager un grand chantier visant à « redonner de l’amplitude aux grilles indiciaires ». Un proche du ministre aurait déclaré que « Si on ne fait rien, au bout d’un moment, même un cadre de la Fonction Publique débutera sa carrière au Smic ». Le « même » est délicieux.

Mais attention, ne rêvez pas ! Pour 2026, ils continueront à « ne rien faire », comme ils y sont experts depuis plusieurs années. Les premières mesures « par petites touches » concerneront en priorité les agents B et C, et ce pas avant 2027, ce qu’ils appellent, avec un brin de cynisme, « du court terme ». Le temps ne file pas à la même vitesse pourtout le monde. Les attachés d’administration devraient aussi recevoir quelques miettes à cette échéance. 2027, mais voyons, maintenant qu’on y pense… ne serait-ce pas aussi l’année des élections présidentielles ?

Pour des mesures plus générales, et donc plus coûteuses, rien avant 2028. C’est l’effet « Demain on rase gratis ». Ça n’engage guère. D’ici 2028, pas mal de gouvernements auront coulé sous les ponts de Paris, et leurs ministres avec.

Rien d’étonnant si, avec tous ces effets de manche dont personne n’est dupe, nos administrations en général et la douane en particulier peinent à recruter durablement des talents. Mais il y a quand même une vraie bonne nouvelle dans tout cela. Mieux que la réserve opérationnelle : maintenant voici que les douaniers s’auto-recrutent. Début janvier, on a vu fleurir çà et là, au hasard des routes, des « douaniers agricoles » auto-proclamés, livrés complets avec le brassard qui va bien. Ils se targuaient d’effectuer eux-mêmes, sur les camions, les contrôles que la douane, la vraie, aurait dû faire. Voilà comment augmenter nos effectifs à bon marché, sans les rémunérer. Un technocrate de Bercy aurait bien dû y penser plus tôt.

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